Eric Ciotti: « une véritable alternance après cinq ans de faillite socialiste.»

Publié le 24 Octobre 2016

Porte-parole de Nicolas Sarkozy pendant la campagne de la primaire des 20 et 27 novembre, Eric Ciotti explique à Libération pourquoi cette élection reste selon lui «gagnable»

Ça ne va pas fort pour Nicolas Sarkozy. N’êtes-vous pas saisi par le doute ?

Non, au contraire. Tout va se jouer dans les derniers jours. Cette élection est plus que jamais gagnable. La campagne a pris une tournure nouvelle avec le premier débat, très suivi. Les Français sont en train de cristalliser leur choix. Je sens une mobilisation croissante de ceux qui veulent un vrai changement. On voit bien qu’Alain Juppé et Nicolas Sarkozy seront probablement les finalistes. Ils incarnent deux lignes traditionnelles de la droite, l’une bonapartiste, l’autre orléaniste et centriste. Or, je crois que le pays n’a jamais été aussi à droite et pour beaucoup d’électeurs, seul Nicolas Sarkozy peut incarner une véritable alternance après cinq ans de faillite socialiste.

Mais alors, pourquoi votre candidat n’est -il pas plus haut dans les sondages ?

Le meilleur sondage, c’est la forte adhésion que suscite Nicolas Sarkozy partout dans le pays lorsqu’il va à la rencontre des Français. Son électorat est beaucoup plus déterminé. Celui d’Alain Juppé est plus animé par le rejet que par l’adhésion.

Sarkozy mobilise aussi, et même surtout, contre lui. N’avez-vous pas sous-estimé ce phénomène ?

Aucun homme politique n’a fait l’objet, au cours des cinquante dernières années, d’attaques et de caricatures aussi violentes que Nicolas Sarkozy. Ces attaques totalement injustes ont laissé des traces. Dans la France pour la vie, il s’est expliqué sur certains épisodes de son quinquennat. Là encore, peu d’hommes politiques se sont livrés à cet exercice de transparence avec autant de sincérité. Chez lui, rien n’est dissimulé. Il a une personnalité tranchée, mais je suis convaincu que ceux qui gagnent une élection sont ceux qui portent un projet fort pour la France et qui remplissent les salles tous les soirs.

On vous sent très préoccupé par une participation d’«électeurs de gauche» à cette primaire…

Si un électorat de gauche, autour de 10-15 % du corps électoral, devait se mobiliser, ce que je ne crois pas, cela dénaturerait l’esprit de la primaire. Il s’agit de sélectionner le candidat de la droite et du centre. Si les électeurs de gauche veulent s’exprimer, ils peuvent attendre la primaire de la gauche ou voter pour Macron, dont je suis certain de la candidature. Je ne parle pas là de tous les déçus de Hollande mais de ceux qui se revendiquent toujours comme des sympathisants de gauche. Je mets en garde contre le véritable hold-up démocratique qui consisterait à priver les électeurs de droite du choix de leur champion.

En revanche, les 10 % des électeurs de la primaire qui se disent proches du FN ne vous dérangent pas ?

En 2007, grâce à Nicolas Sarkozy, le FN était à moins de 10 % et même à moins de 5 % aux législatives. De nombreux électeurs actuels du FN votaient encore, en 2012, pour la droite républicaine. Il faut les convaincre de revenir dans leur famille d’origine.

N’est-il pas un peu curieux de vous entendre dénoncer les appels d’Alain Juppé aux «déçus du hollandisme» alors que votre ami Christian Estrosi, lui, s’est fait élire avec les voix des convaincus du hollandisme ?

Mais le contexte n’a rien à voir avec une élection régionale où tous les électeurs sont appelés à voter. On est dans une primaire de la droite et du centre, dans un scrutin interne à la vie d’une famille politique. Certes, c’est une primaire ouverte, mais si elle devait être arbitrée par des électeurs de gauche, ce serait un petit sujet démocratique…

Vous voulez dire que le vainqueur ne serait pas légitime ?

Ça lui donnerait moins de force pour réformer le pays. On n’est pas obligé de se résigner à la confusion et de renoncer à la clarté. D’autant plus que l’on perçoit les arrière-pensées de monsieur Bayrou, qui ne pourra pas faire oublier sa responsabilité dans l’élection de François Hollande.

Vous avez tout de même affirmé que François Hollande avait été élu en 2012 «grâce à un islam politique»…

Je ne confonds pas islam politique et terrorisme. Je tirais les conséquences d’une enquête de l’Ifop qui indiquait qu’en 2012, 86 % des Français se disant de confession musulmane avaient voté pour François Hollande. Cela représentait en gros 3 % du corps électoral. Or, l’écart entre Nicolas Sarkozy et lui était de 3 %. J’ai toujours trouvé Hollande extrêmement ambigu sur les questions de lutte contre le communautarisme. Contrairement à Manuel Valls qui est très clair sur cette question.

Le voile, c’est l’islam politique ?

Pas forcément. Mais de plus en plus fréquemment, au-delà d’une appartenance religieuse, il exprime une appartenance communautaire. On l’a vu avec le burkini. Il faut aussi protéger ces femmes qui sont les victimes de la tyrannie d’une minorité. Cela marque une rupture d’égalité entre hommes et femmes. Des étudiantes voilées de noir dans les amphithéâtres des universités, ce n’est pas un signe de progrès.

«Interdire les signes religieux, c’est encourager les courants fondamentalistes.» Avez-vous lu cette mise en garde des évêques de France ?

Il n’est pas illogique que des religieux défendent le port de signes religieux. Mais je ne partage pas cet avis. Cette question est au cœur de la primaire : il faut choisir entre une approche multiculturelle et une approche nationale. Entre société multiculturelle et communautarisme, il n’y a qu’un pas. Nous sommes en train de le franchir dangereusement.

Quand Sarkozy défend ses référendums concernant l’immigration et les fichés S, on a l’impression que c’est d’abord pour souligner sa différence avec Juppé. Pourquoi ne pas interroger le peuple sur les 35 heures ou sur les retraites ?

Le terrorisme et l’immigration sont au cœur des préoccupations de nos concitoyens. C’est à eux de donner, par le référendum, leur vision pour apporter des réponses radicalement différentes à ces problématiques. Quand François Hollande a ouvert le débat sur la déchéance la nationalité, les appareils politiques ont pris la main. S’il avait posé la question par référendum, les Français auraient approuvé cette mesure à 80 %. Donc il y a des sujets qui doivent bénéficier de la force du soutien populaire, c’est le cas des politiques migratoires et de la lutte contre le terrorisme.

Le regroupement familial, c’est anecdotique : cela représente 10000 personnes par an environ.

Oui, mais le suspendre, c’est le signe d’un changement politique en matière d’immigration. Et puis, il y a aussi le rapprochement familial qui concerne 70 000 personnes.

Mais ce sont des Français, que voulez-vous faire ?

On peut limiter les mariages blancs qui sont de plus en plus nombreux. Aujourd’hui, quel est le problème ? On donne 220 000 titres de séjour à des étrangers chaque année. Il faut y ajouter les déboutés du droit d’asile, sans doute près de 60 000 personnes cette année, dont à peine 5 % seront éloignés. Et je ne parle pas des flux illégaux. Notre pays est dans l’incapacité d’assimiler ces personnes. Il faut donc limiter ces flux migratoires à hauteur de notre capacité d’accueil et d’assimilation.

A propos du référendum sur la rétention administrative des fichés S, Fillon a parlé d’enfumage électoral.

Je défends la rétention administrative depuis 2012 ! J’ai été le premier à déposer, à l’Assemblée nationale, un amendement pour l’instaurer. La rétention est un outil de police administrative. Dans des situations d’extrême menace, quand il y a un risque d’attentats simultanés et que nos services de renseignement connaissent les individus les plus dangereux, il ne faut pas qu’on se prive de cet outil pour des raisons idéologiques. Ou alors, il ne faut pas que le président de la République nous dise qu’on est en guerre.

Combien de personnes seraient concernées par ces mesures de rétention ?

Peut-être une centaine qui représente un danger extrême. Nous n’avons jamais dit qu’il fallait enfermer les 15 000 fichés pour radicalisation.

François Hollande estime qu’en matière de lutte contre le terrorisme, «notre arsenal pénal est complet».

Non, il ne l’est pas ! On a 15 000 personnes dans le fichier des signalés pour radicalisation. Il y a dix ans, on ne comptait qu’une centaine de personnes aux profils dangereux. La menace a été démultipliée. Nous n’en avons pas tiré les conséquences.

Ce sera aussi une question budgétaire…

Bien sûr. La défense, la sécurité, la justice c’était 6 % du PIB sous de Gaulle. Aujourd’hui, c’est à peine plus de 2,2 %. L’Etat, c’est le monopole de la violence légitime, selon la formule de Max Weber. S’il n’assume pas ce devoir de protection, à quoi sert-il ? On a un Etat-providence obèse dans beaucoup de domaines, mais squelettique sur le régalien. Comme le nazisme autrefois, l’islamisme radical constitue une menace de tyrannie. L’urgence c’est bien de réarmer l’Etat régalien.

liberation.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Interview

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article