Interview de Nicolas Sarkozy dans La Provence

Publié le 27 Octobre 2016

Nicolas Sarkozy"Je ne serai pas le candidat de la poursuite d’une politique socialiste qui a échoué, sur la hausse des impôts, sur la perte d’autorité de l’Etat."

168 migrants vous auront précédé ce mardi à Marseille. Ils sont placés en centre d’accueil. Comment, selon vous, trouver des solutions à terme pour ces gens? Le sujet est d’autant plus sensible en Paca que la “frontière” de Vintimille n’arrête pas tout le monde, loin s’en faut.

Répartir près de 11 000 migrants sur notre territoire n’est pas une réponse à la hauteur. Pire, elle va créer un appel d’air considérable, sans tournant majeur dans la politique nationale d’immigration. La plupart des migrants de Calais souhaitent gagner la Grande-Bretagne. Il appartient donc aux Britanniques d’étudier ces demandes sur leur territoire. Ceux qui ne sont pas éligibles à l’asile devront être raccompagnés dans leur pays d’origine.

Plus largement il nous faut, de toute urgence, un Schengen 2 que j’appelle de mes vœux depuis 2011. L’Europe doit défendre ses frontières ! Un contrôle systématique et effectif aux frontières est indispensable et pas seulement à Vintimille.

Enfin, le conflit syrien a conduit à la grave crise migratoire que nous connaissons. Or, que fait l’Europe aujourd’hui ? La France devrait pourtant être à l’avant-garde. Au lieu de quoi nous avons un président qui s’interroge à haute voix pour savoir s’il doit rencontrer le président russe.

Une relance sur le Front national qui s’exprime peu mais est à l’affût ici plus qu’ailleurs. Comment faire revenir les électeurs de droite partis au FN sans tomber dans le piège de la démagogie ?

Mon devoir, c’est de parler de la réalité du quotidien que vivent les Français. Je suis candidat pour dire la vérité et rendre la parole au peuple de France, pas pour être le représentant d’une élite pour qui tout va bien. Je sais les débats qu’on n’aurait jamais le droit d’avoir. Beaucoup préfèrent détourner le regard sur la sécurité et l’autorité de l’Etat, sur l’assistanat et le chômage, sur les charges et les impôts, sur le déclassement vécu par tant de Français, sur l’immigration, sur le communautarisme, sur l’identité de la France. Avec mon livre Tout pour la France, j’ai voulu solenniser mes principaux engagements et expliquer comment je les mettrai en œuvre, à la lumière de mon retour sur expérience. Je porte des solutions crédibles pour relever ces défis. La lucidité est la première condition pour rétablir la confiance. Je suis convaincu que la France peut à nouveau réussir, mais pour cela il faut avoir le courage d’affronter les problèmes et non pas fermer les yeux.

Et a contrario, ne craignez-vous pas de vous couper définitivement des électeurs centristes qu’il faudra reconquérir en cas de victoire à la primaire ?

Nous avons gouverné avec les centristes et nous gouvernerons avec eux sur la base d’un programme clair. Je refuse que la future majorité soit otage de François Bayrou, qui a voté avec les socialistes sur de nombreux sujets et soutenu François Hollande en 2012. La primaire doit être celle de la clarté, pour trancher la ligne politique entre une alternance véritable et une alternance de compromis, entre une majorité politique cohérente et une majorité de rencontre qui rappellerait les combines de la IVe République. On ne peut pas sortir du socialisme avec celui qui nous y a fait rentrer. Je veux une alternance forte, pas une alternance molle.

Marseille encore. Cette ville n’arrive pas à endiguer les violences et règlements de compte (près de 30 en 2016) liées aux trafics, malgré les efforts sécuritaires. Cette violence est-elle inéluctable? Ne faut-il pas repenser la lutte contre les trafics de drogue? Certains proposent de légaliser le cannabis…

Cela fait maintenant cinq ans que le gouvernement actuel est au pouvoir et la seule réponse qu’il apporte aujourd’hui à la souffrance des policiers consiste à dire qu’il n’en est pas responsable.

Souvenons-nous des paroles du Général Soubelet sur la situation de la criminalité dans les Bouches-du-Rhône. On peut mettre tous effectifs possibles, si la réponse de la Justice n’est pas à la hauteur, cela ne fera pas baisser la délinquance. Je veux mettre fin à ce désarmement pénal de notre Justice, à ce laxisme vécu quotidiennement par nos forces de l’ordre, au sentiment d’impunité qui gagne les voyous. Remettons à plat l’ordonnance de 1945 sur les mineurs pour abaisser la majorité pénale à 16 ans. Introduisons une présomption de légitime défense pour nos policiers et gendarmes. Luttons avec détermination contre le trafic de drogue. Croyez-vous sérieusement que la dépénalisation des drogues arrêtera les violences ? N’y a-t-il pas de trafic de cigarettes, alors même que le tabac est autorisé ? Je suis opposé à toute dépénalisation des drogues. Les dégâts sur notre jeunesse sont suffisamment sérieux pour ne pas leur offrir un tel avenir.

Une question sur l’exercice de la primaire. Avec le recul après deux mois de campagne, que vous apporte-t-elle, en positif comme en négatif ?

Lors de mes déplacements, j’entends les Français qui veulent une véritable alternance. Je ferai tout pour que cette primaire soit à l’opposé de celle des socialistes, qui fut remplie des petits arrangements tactiques, des grands mensonges et du déni de la réalité. Je le dis clairement, je ne serai pas le candidat de la poursuite d’une politique socialiste qui a échoué, sur la hausse des impôts, sur la perte d’autorité de l’Etat, sur l’impératif de protection des Français face au terrorisme, sur la suspension du regroupement familial. Je ne serai pas le candidat de l’eau-tiède, des demi-solutions.

toutpourlafrance.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Interview

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