Gérald Darmanin : «Pourquoi j'ai choisi Nicolas Sarkozy»

Publié le 20 Août 2016

Gérald Darmanin : «Pourquoi j'ai choisi Nicolas Sarkozy»

Pour le maire de Tourcoing, qui officialise ici son soutien à Nicolas Sarkozy pour la primaire, l'ex-président est «le plus proche du peuple de droite».

LE FIGARO. - En décembre, vous claquiez la porte de la direction des Républicains en reprochant à Nicolas Sarkozy d'être «plus dans l'identitaire que dans l'identité». Avez-vous changé d'avis?

Gérald DARMANIN. - Oui, mais il a entendu ce que je disais, et ce que lui disaient aussi d'ailleurs certains de ses soutiens: il faut marcher sur deux jambes. L'identité et la sécurité sont évidemment des questions essentielles, et le contexte dramatique dans lequel nous vivons nous le rappelle, mais la droite doit aussi être sociale, de proximité et répondre aux aspirations populaires, ce qu'elle ne faisait pas forcément il y a quelques mois. La présence de François Baroin a achevé de me convaincre. Aujourd'hui, il me semble que de tous les candidats à la primaire, c'est Nicolas Sarkozy qui incarne le mieux cet équilibre. C'est pourquoi j'ai décidé de soutenir sa candidature.

Vous disiez aussi ne pas sentir d'«envie de Sarkozy» dans le pays. Et aujourd'hui?

Je sens un retour à la confiance en Nicolas Sarkozy dans le peuple de droite. Il y a sept ou huit mois, les Français ne voulaient pas l'écouter, parce que le climat dans le pays était différent, et peut-être aussi à cause de l'intérêt suscité par d'autres candidats. Aujourd'hui, les circonstances exceptionnelles font que nous avons besoin de l'expérience d'un ancien chef de l'État. En outre, Nicolas Sarkozy a fait les efforts nécessaires pour être plus proche du peuple de droite. Il a fait don de sa personne, si l'on peut dire, pour reconstruire notre parti, qui était en voie de disparition. D'autres candidats ne peuvent pas en dire autant. Il a aussi procédé dans son livre à une autocritique que j'avais appelée de mes vœux à une période où le sujet était tabou. En assistant plusieurs fois à des séances de dédicace, j'ai pu constater l'élan populaire qu'il soulevait. Pour l'instant, ce n'est pas le cas des autres candidats.

«Nicolas Sarkozy a fait don de sa personne, si l'on peut dire, pour reconstruire notre parti, qui était en voie de disparition»

Gérald Darmanin, vous parlez du «peuple de droite», mais la primaire ne s'adresse-t-elle pas aussi aux électeurs centristes?

Cette primaire est effectivement organisée pour les Français de droite et du centre. Chacun a son cœur de cible électoral, mais je connais des centristes qui soutiennent Nicolas Sarkozy et d'autres qui vont le faire. Personne n'a le monopole du centre! Moi qui suis issu d'une droite de tradition gaulliste, maire de Tourcoing, une ville très populaire, j'apprécie qu'un candidat défende les aspirations du peuple plutôt que des préoccupations plus bourgeoises.

Quel rôle allez-vous jouer dans la campagne de Nicolas Sarkozy?

Je vais vous faire la réponse d'usage: celui qu'il voudra bien me confier! Si j'avais voulu faire de la politique nationale tout le temps et partout, je n'aurais pas quitté mon poste de député à 33 ans. Mon engagement derrière Nicolas Sarkozy est à la fois de cœur et de raison, pour mon pays et aussi mon territoire, qui a besoin de réformes extrêmement profondes pour ne pas louper définitivement le train de la modernité. Modestement, je souhaite influencer la ligne qu'incarnera notre candidat à la présidentielle afin que les Français soient convaincus qu'être de droite, ce n'est pas être dur avec les faibles.

Qu'est-ce que cela signifie concrètement?

J'attends par exemple de notre candidat qu'il porte une grande politique pour les accidentés de la vie, mais aussi pour ceux qui sont dans la dépendance. Un quart de la population risque d'être concernée dans les prochaines années, c'est un drame national en puissance et tout le monde semble s'en moquer! Le plein-emploi et la baisse des charges ne font pas une politique sociale.

«La laïcité est une question très complexe et je crois que Nicolas Sarkozy est le plus à même de la régler»

Gérald Darman, selon vous, Nicolas Sarkozy porte-t-il ce message?

Je pense avoir un rapport personnel avec lui. J'ai été son porte-parole pour la présidence de l'UMP et nous avons aussi eu des divergences. Mais ce qu'il y a de bien avec Nicolas Sarkozy, c'est qu'il n'est pas susceptible. On peut avoir des discussions de fond, il écoute et il entend.

Votre conception de la laïcité est-elle compatible avec l'interdiction du voile à l'université et la suppression des menus de substitution à la cantine, promises par Nicolas Sarkozy?

La laïcité est une question très complexe et je crois que Nicolas Sarkozy est le plus à même de la régler. Il a créé le premier Conseil du culte musulman, il a fait ce très beau discours de Latran où il expliquait l'importance de la religion pour les citoyens, et surtout il a entrepris de réformer en profondeur l'islam de France, même s'il n'y est pas tout à fait parvenu. Cela fait de lui le meilleur connaisseur des questions religieuses de tous les candidats. En ce qui concerne les cantines, je continue à penser qu'il faut interdire les menus communautaires, mais qu'un enfant peut manger du poisson à la place de la viande. Quant au voile à l'université, je propose son interdiction pendant les cours. C'est une question de politesse vis-à-vis du professeur: on se découvre dans une salle de classe. Mais sur d'autres points, il me semble que je vais plus loin que Nicolas Sarkozy. Par exemple, je suis pour interdire la construction de minarets. Je sortirai au premier trimestre 2017 un livre de réflexion et de propositions sur la compatibilité entre la République exigeante que je souhaite et un islam qui a besoin de faire sa révolution.

Votre choix pour la primaire préfigure-t-il celui de Xavier Bertrand?

Xavier Bertrand n'a pas encore choisi son candidat. Il le fera dans un temps différent du mien et je ne suis pas tout à fait certain qu'il fera le même! Chacun sait la fidélité profonde et l'amitié que j'ai pour Xavier Bertrand qui, pour sa part, incarne une sensibilité sociale indispensable à notre famille politique.

Judith Waintraub

lefigaro.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Primaire

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