Sarkozy plante sa culture par les racines

Publié le 8 Juin 2016

Sarkozy plante sa culture par les racines

Pour relancer sa candidature à la primaire, l’ancien chef de l’Etat déplace son combat identitaire sur le terrain des arts et de la création. Ce mercredi, dans le Nord, le président de LR prétend prononcer un «discours fondateur».

La culture contre le délitement de la communauté nationale. L’art et ses merveilles pour réparer les ravages du communautarisme. C’est la nouvelle antienne de Nicolas Sarkozy. Dans ses discours, le candidat à la primaire de novembre ne se lasse pas d’évoquer la lumière de Poussin, la puissance de Soulages et toutes sortes de chefs-d’œuvre de l’architecture et de la littérature dont il suggère, au passage, combien ils lui sont chers et familiers.

Dans la France pour la vie, le livre qu’il dédicace à tour de bras depuis janvier, le chapitre central est consacré à la culture, sujet «d’importance vitale face à la redoutable crise identitaire qui ne cesse de s’aggraver». Ce sera, promet-il, la priorité de son «projet d’alternance».

Tout en prônant, comme tous les candidats de droite, une énorme réduction de la dépense publique, il soutient que le budget du ministère de la Culture «doit être remis à niveau, préservé et soutenu dans le temps»

Ce mercredi, Nicolas Sarkozy doit prononcer dans le Nord un discours qualifié de «très important» par son entourage. Il y sera question de la France et de l’autorité de l’Etat. A deux jours du coup d’envoi de l’Euro de football, il devrait tirer les enseignements de la polémique déclenchée par Karim Benzema et amplifiée par «ce pauvre M. Cantona». «Voilà le résultat d’un communautarisme militant […]. Le gouvernement, et notamment François Hollande, a joué avec les communautarismes, a poussé les Français les uns contre les autres», a-t-il déjà affirmé la semaine dernière sur RTL.

Le décor a été soigné : pour célébrer la France et l’autorité, l’ancien chef de l’Etat s’exprimera dans le bâtiment rénové de l’ancienne filature de Saint-André-lez-Lille, dans le Nord. Pour la première fois, l’orateur a tenu à être entouré de plusieurs dizaines de parlementaires qui soutiennent sa candidature. On y verra, en bonne place, son principal lieutenant, le sénateur François Baroin. Présenté comme le joker de cette campagne qui peine à décoller, l’ex-chiraquien est aussi hostile à Alain Juppé qu’à la droitisation de la campagne identitaire de 2012. Retenu aux Etats-Unis, le deuxième pilier du dispositif sarkozyste, Laurent Wauquiez, ne pourra pas entendre ce discours. Mais dans le Journal du Dimanche, il a redit combien l’affirmation des racines chrétiennes de la France était importante à ses yeux. Il milite pour une revendication décomplexée du combat pour l’identité nationale et fait savoir que son soutien à Nicolas Sarkozy n’est «ni inconditionnel ni aveugle».

Le président du parti Les Républicains (LR) se fait fort de satisfaire Baroin sans s’aliéner Wauquiez. Jamais à court de superlatifs, son entourage assure qu’avec le «discours fondateur» de Saint-André-Lez-Lille, l’ancien chef de l’Etat fera ce que personne d’autre que lui ne serait en mesure de réussir : ramener vers la droite ce peuple en colère qui se tourne, faute de mieux, vers le Front national. «Ce sera sûrement grandiose…» ironise un député LR

Ce combat culturel et identitaire, Sarkozy le rode depuis plusieurs semaines. Il y reviendra jeudi matin, en clôture de la convention organisée par LR dans le cadre de ses «rendez-vous du projet». La semaine dernière, l’ex-chef de l’Etat animait à Cannes une table ronde avec des artistes et des responsables d’établissements culturels. Le maire, David Lisnard (LR), organisateur de cette réunion, a noté avec satisfaction que plusieurs participants, notoirement de gauche, n’avaient pas hésité à surmonter des «barrières idéologiques» pour répondre présent.

Rien ne pouvait faire plus plaisir à Sarkozy. «Je sais d’où vous venez», leur a-t-il affectueusement lancé avant de se lancer dans un long monologue qui ne laissait guère de place au «débat» annoncé. Comme il le fait dans son livre, Sarkozy a dit ses regrets de n’avoir pas montré, quand il était à l’Elysée, à quel point la culture était pour lui un sujet vital. «Je n’aime pas les cuistres et les snobs. J’aime trop la culture pour en parler de manière superficielle», a-t-il confié en introduction de son grand numéro de charme. Au bilan «nul» de son successeur, il oppose le sien, riche de projets ambitieux et coûteux (Beaubourg-Metz, Louvre-Lens, Philharmonie de Paris…) dont il a pérennisé le financement entre 2007 et 2012, parfois «contre» son Premier ministre, François Fillon. «Vous avez voulu la gauche, vous l’avez eue. J’imagine ce que ce doit être pour vous comme souffrance», a-t-il lancé, compatissant, aux électeurs de Hollande. «Mettez de côté vos pudeurs, bâtissons ensemble la politique culturelle d’une grande nation. Réfléchissez : est-ce que vos vrais amis ne sont pas ceux qui ont besoin de votre expertise ?» a-t-il conclu après avoir promis de tout faire pour protéger le patrimoine, défendre la création et la diffusion de la culture artistique par l’éducation nationale. L’objectif étant toujours d’en finir avec le «repli communautaire», ces «ghettos que l’on cultive au nom de la justice sociale».

Devant un tout autre auditoire, Sarkozy était allé, quelques jours plus tôt, beaucoup plus loin dans son nouveau combat. Le 24 mai, il clôturait à l’hôtel des Invalides le colloque «Identité(s) française(s), entre fierté et désamour» organisé par France fière, un nouveau think tank, encore assez confidentiel, fondé par Hayette Hamidi et Yassin Lamaoui, deux jeunes élus municipaux LR d’Ile-de-France. «Je suis comme vous», a-t-il commencé en évoquant sa propre histoire familiale et ses origines multiples.

Selon lui, France fière porte témoignage d’une victoire idéologique : «Que de chemin parcouru depuis les cris d’orfraie qui accompagnèrent en 2007 mes discours sur l’identité nationale. […] Nous avons gagné là un combat culturel et politique majeur.» Une victoire contre «les idéologues du multiculturalisme et les sociologues des inégalités» qui, depuis trente ans, jugeraient «inconvenant» de raconter «l’épopée napoléonienne» ou «la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon», a poursuivi Nicolas Sarkozy, dans un discours qui porte la patte boursouflée de sa plume identitaire Camille Pascal, chroniqueur à Valeurs actuelles. Pis encore, ces mêmes idéologues auraient délibérément saccagé les humanités parce qu’ils y voyaient un obstacle à la promotion de l’égalité sociale.

Pour sortir de ce naufrage, Nicolas Sarkozy propose une solution radicale : imposer «un pacte d’assimilation» à ceux qui veulent «s’intégrer à la nation». Il faudra «parler français, aimer et connaître la France, respecter les valeurs de la République comme les modes de vie de la nation». Alors, peut-être, il sera possible de revenir au temps béni où il n’était «pas nécessaire d’avoir des parents qui parlaient français pour pleurer devant Cyrano»

liberation.fr

Rédigé par Miau Jeanne

Publié dans #Les Républicains

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