Sarkozy met la «nation» au cœur de sa campagne

Publié le 9 Juin 2016

Sarkozy met la «nation» au cœur de sa campagne

Lors d'un discours prononcé près de Lille, le futur candidat à la primaire s'est livré à un plaidoyer pour «la souveraineté du peuple», dénonçant le «communautarisme» et la «tyrannie des minorités».

Envoyé spécial à Saint-André-lez-Lille

À trois mois mois du coup d'envoi de la primaire à droite, Nicolas Sarkozy a prononcé son premier discours solennel de quasi-candidat. Un discours sur une France saisie par le «doute» et qui ne doit pas se laisser gagner «par le renoncement», a-t-il dit en citant de Gaulle plusieurs fois. Une quarantaine de parlementaires avaient fait le déplacement à Saint-André-lez-Lille, dans la banlieue lilloise, de François Baroin à Éric Woerth et Christian Jacob. Seule absence notable, celle de Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France, où l'onde sismique du Front national a été la plus forte lors des dernières élections régionales.

Près de 1000 militants avaient fait le déplacement pour soutenir celui qui ne cache plus son intention d'être candidat. Dans une salle sans décorum, Nicolas Sarkozy s'est placé, sans jamais le nommer, en adversaire d'Alain Juppé. Il a voulu se démarquer de son futur rival en revendiquant pour lui seul le thème national. Un Juppé qu'il a décrit, «comme certains à droite, touché par la douce mélodie des “accommodements raisonnables”» avec les affirmations identitaires de la communauté musulmane.

Sarkozy dénonce «la tyrannie des minorités»

Pour ce premier rendez-vous préélectoral, Nicolas Sarkozy a pris le train gare du Nord, où les caméras et les élus l'attendaient. Parmi eux, le plus visible était François Baroin, dont le ralliement ce week-end a préparé cette séquence de mobilisation. Dans un discours «écrit par lui et collectivement relu», selon ses proches. Henri Guaino était d'ailleurs absent, et Nicolas Sarkozy paraissait intimidé de se risquer, en étant le seul auteur, à cet exercice d'un discours solennel. La voix très posée, et ne cherchant pas les effets d'estrade il a désigné le nouvel ennemi du jour: «la tyrannie des minorités» qui dictent leur loi à la majorité silencieuse. Dans une longue litanie, il en a dressé la liste: «Une poignée de lycéens qui bloquent un lycée, de zadistes qui bloquent la construction d'un aéroport, de gens du voyage qui bloquent une autoroute, de casseurs qui bloquent une raffinerie, d'islamistes radicaux qui prennent en otage un quartier.» Il a appelé le peuple à se «lever contre la chienlit». Une «chienlit» dont il a rendu responsable la CGT.

Pour ce discours très solennel, retransmis en direct sur Facebook - 35.000 personnes l'ont regardé, selon ses proches -, il a souligné que toutes les mesures de fermeté, telles que «l'interdiction du voile, la défense de la laïcité (…), seront vaines si nous ne renouons pas avec notre projet en tant que nation». Un projet qui suppose que chacun assume l'histoire de ce pays, son appartenance à «une tradition chrétienne». Il a beaucoup dénoncé l'idéologie post-nationale, «qui fait de la nation un périmètre juridique» où peut désormais s'épanouir «une société multiculturelle», indifférente à l'histoire et à la culture de la nation. «Une idéologie qui a progressivement aboli l'unité du peuple par-delà ses différences», a condamné Sarkozy. Renouant avec une partie de sa stratégie de 2012, et même celle de 2007, il s'est présenté comme l'avocat du peuple sacrifié par «une partie des élites, par la gauche culturelle». Il a néanmoins réaffirmé comme essentiels à l'identité nationale deux grands principes: l'égalité entre les femmes et les hommes et la liberté d'expression. Il a notamment estimé que «le droit de critiquer les croyances, les doctrines, les idéologies, (était) imprescriptible». Pour autant, il a refusé le «nationalisme de repli» du Front national, mentionné seulement une fois dans cette terre d'élection de Marine Le Pen, pour réaffirmer, dans un grand silence, qu'il y aurait toujours «une ligne rouge» entre lui et les dirigeants du Front national.

Au moment de conclure, Nicolas Sarkozy, qui avait auparavant dénoncé «les mensonges de François Hollande», a mis en cause le pouvoir en place, sans le nommer. «Quel épouvantable gâchis, avec des taux d'intérêt aussi bas, un prix du pétrole aussi compétitif, d'avoir une croissance si faible!» s'est-il désolé, en reprenant à son compte les valeurs qui déjà étaient les siennes il y a dix ans, à la veille de la campagne de 2007: «Autorité, travail, et mérite.» Il y a ajouté deux promesses plus précises: «La baisse des impôts et la fin des zones de non-droit.» Chacun l'aura compris, ce discours prononcé non loin du lieu de naissance du général de Gaulle était le premier acte d'une candidature annoncée: «C'est la raison d'être de mon retour parmi vous dans ce combat pour la renaissance de la France», a-t-il conclu, avant d'aller dîner Chez Jaja, une brasserie lilloise avec les élus du parti.

lefigaro.fr

Rédigé par Miau Jeanne

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