Sarko 2, la reconquête

Publié le 29 Juin 2016

Sarko 2, la reconquête

En plein Brexit, Nicolas Sarkozy compte bien redevenir le recours d’une droite française déboussolée. Une reconquête bâtie sur une conviction: plus les primaires approchent et plus la crise européenne s’accentue, plus sa pugnacité sera payante auprès des électeurs

Combien de fois les a-t-il surpris en train de se réjouir de sa «mort» politique? Au 238, rue de Vaugirard, le QG parisien de son parti Les Républicains, Nicolas Sarkozy a même, un temps, demandé avec ironie aux vigiles qu’il connaît de longue date de le tenir informé des «avis de décès» prononcés en son absence. Sauf qu’aujourd’hui, en plein ouragan du Brexit, rares sont ceux qui osent encore ce pronostic. Car Sarko 2 est bien vivant. Premier à défendre, dès la victoire du non au référendum britannique du 23 juin, un nouveau traité européen «dès la fin de l’année» avec une «refondation immédiate de Schengen», l’ancien chef de l’Etat français a démontré à ses troupes partisanes qu’il restait le plus vif, le moins flou, le plus aguerri aux grandes manœuvres communautaires.

Comme lors de la crise financière de 2008-2010 qui l’avait vu s’exposer avec un certain succès aux avant-postes de l’UE.On regarde les noms sur l’organigramme du Conseil national présidé depuis février par un de ses plus fidèles lieutenants, l’ancien ministre Luc Chatel. A deux mois de la date butoir du 9 septembre pour les candidatures aux primaires de la droite des 20 et 27 novembre, l’écurie Sarkozyste est en ordre de bataille, même si leur chef attend toujours pour sauter le pas. L’idéologue? L’ancien ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux. Le chef d’état-major? L’ancien patron de la police nationale Frédéric Péchenard, Sarko-boy depuis l’adolescence, directeur général des Républicains et vice-président du Conseil régional d’Ile-de-France. L’homme de l’intendance et des élus? Le sénateur Roger Karoutchi. Un premier cercle très «macho», beaucoup plus expérimenté et bien moins glamour que «la firme», cette équipe de campagne qui l’avait porté à l’Elysée en 2012, dont Rachida Dati

(aujourd’hui maire du très chic 7e arrondissement de Paris) était alors l’emblématique figure issue de la diversité.

Le retour de «Merkozy»

L’ancienne ministre Rama Yade décode cette reconquête. Désormais éloignée de l’ancien président qui fit d’elle une ministre, cette haute fonctionnaire d’origine sénégalaise bat la campagne pour sa propre candidature aux présidentielles de mai 2017. N’empêche. Elle reste admirative: «Nicolas Sarkozy s’adapte mieux que quiconque aux circonstances expliquait-elle cette semaine au Press Club de France. N’oubliez pas qu’avant de rassembler, il doit cette fois d’abord se qualifier en tuant ses adversaires de droite.» Un changement de registre illustré, disent les Sarko-sympathisants, par son intervention à propos du Brexit. Alors que tout le monde discourait sur les mérites des référendums et sur les éventuels contours d’un hypothétique nouveau «projet européen», Nicolas Sarkozy a ramené, lui, la balle dans le camp gouvernemental.

Objectif? Une solution rapide, concrète, et qui ne rouvre pas, à l’heure de la crise migratoire et de la stagnation économique, le débat empoisonné sur le fédéralisme. Comme par hasard, l’ex-locataire de l’Elysée avait renoué, une semaine plus tôt à Berlin, avec Angela Merkel: «Les deux ressorts que Sarkozy compte exploiter sont la colère et la technique, juge un journaliste de l’AFP qui l’a beaucoup côtoyé. Sur le plan domestique, il va radicaliser son discours pour apparaître comme l’homme d’Etat capable de briser les tabous qui paralysent la France. Tout en disant aux électeurs colériques: vous pouvez me renvoyer à l’Elysée sans crainte, car moi, sur le plan international et communautaire, j’ai déjà fait ce job et je serai opérationnel au premier jour.» Et voilà «Merkozy» de retour. En version originale, car le Sarko de 2016 parle bien mieux l’anglais que son prédécesseur…

Sa force, c’est de demeurer convaincu qu’il pourra, à la fin, s’imposer comme le meilleur.

Le candidat victorieux de 2007 incarnait la rupture et la transgression. Le président sortant de 2012, vaincu par François Hollande, avait misé aveuglément sur l’autorité et la droitisation de son discours, sans comprendre que la peur des divisions et des fractures lui serait fatale. Place, pour ces primaires de 2016 dans lesquelles il devrait se lancer vers le 20 août, à l’expérience et au «caractère». Un candidat capable de tenir dans toutes les tempêtes, y compris celle déclenchée par les juges, qui l’ont de nouveau mis en examen, en février dernier, pour «financement illégal de sa campagne» d’il y a cinq ans.

Un candidat qui a fait ses preuves après son retour politique de septembre 2014, en surmontant en quelques mois les guerres de tranchées de l’UMP et en pardonnant – officiellement du moins – à ceux qui rêvent jour et nuit de le voir disparaître dans les lucratifs circuits de conférences internationaux, comme son ancien premier ministre François Fillon ou l’ennemi numéro un de celui-ci, Jean-François Copé. Un candidat organisateur, offensif, réactif face à un Alain Juppé calé dans sa posture de sage, à un Bruno Le Maire qu’il perçoit plus comme un «clone raide» que comme un concurrent sérieux, et à un Fillon incapable de transformer l’adhésion qu’il suscite en action. «Sa force, c’est de demeurer convaincu qu’il pourra, à la fin, s’imposer comme le meilleur, explique Alain Bergounioux, l’un des experts électoraux du Parti socialiste. Sa méthode est un mélange de méthode Coué et de narcissisme. Il ne cherche plus à séduire. Il veut s’imposer.»

Mobiliser les électeurs lors des primaires

L’obstacle est pourtant de taille. Jamais, en France, un président battu n’a retrouvé son siège. Et jamais, en France, un ex-chef de l’Etat n’a été aussi peu consensuel. Sauf qu’à l’heure des primaires et après la douche froide du quinquennat «normal» émaillé d’affaires sentimentales et fiscales, le charme, la crédibilité et la transparence ne sont peut-être plus les critères essentiels. «Il faut, pour juger la tactique actuelle de Nicolas Sarkozy, bien avoir en tête le type d’élection présidentielle qui s’annonce pour mai 2017, décrypte-t-on dans l’entourage de François Fillon, qui fut l’unique chef de gouvernement de son quinquennat. La primaire à droite est presque un premier tour, puisque mathématiquement et vu l’envie évidente d’alternance politique en France, le candidat conservateur a toutes les chances d’accéder en finale face à Marine Le Pen.»

Rédigé par Miau Jeanne

Publié dans #Primaire, #Les Républicains

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