L'interview de Nicolas Sarkozy dans le journal Sud Ouest

Publié le 23 Juin 2016

L'interview de Nicolas Sarkozy dans le journal Sud Ouest

Interview de Nicolas SARKOZY dans le journal Sud Ouest du 23 juin 2016.

Quel Nicolas Sarkozy verra-t-on en Gironde aujourd’hui ? Le président des Républicains ou le candidat à la primaire ?

Je viens en tant que Président des Républicains, pour animer une fête de notre famille politique organisée par Yves Foulon, le député-maire d’Arcachon, pour lequel j’ai autant d’estime que d’amitié. Je reçois régulièrement des invitations de ce type et j’estime qu’il est important que le Président des Républicains se déplace partout en France.

Vos rivaux dénoncent pourtant un mélange des genres. Pouvez-vous encore longtemps mener campagne sans le dire ?

La Haute Autorité a tranché le débat : il n’y a aucun mélange des genres. Je comprends que certains soient déçus, mais je conseille à tous de ne pas faire ce que nos électeurs détestent, c'est-à-dire critiquer sa propre famille. La situation du pays est tellement grave que je dis à mes amis : occupez-vous de dénoncer les erreurs de la gauche et les propositions dangereuses de l’extrême-droite, et pour le reste, restons unis.

Ne serait-il pas plus simple, et plus clair, de dire aujourd’hui : je suis candidat ?

J’ai une responsabilité ; je suis le chef de l’opposition. Dans les circonstances actuelles, il serait irresponsable de laisser l’opposition sans chef. Il y a un calendrier : la campagne des primaires commence en septembre et d’ici là, il y a un travail à faire. J’observe d’ailleurs que lorsque j’ai fait ce travail qui consistait à rembourser les dettes du parti et mettre de côté l’argent pour la primaire, personne ne s’en plaignait. Si je n’avais pas fait ce travail, c’était la survie financière de la première force de l’opposition qui était en jeu.

Pourquoi êtes-vous contre l’interdiction de la manifestation contre la loi travail ?

Le recours à l’article 49-3 était une erreur. Quand on refuse le débat au Parlement, on l’a dans la rue. Il faut choisir ! En cinq ans, je n’ai jamais utilisé le 49-3. Le débat parlementaire est salutaire. Ensuite je trouve curieux de vouloir « tordre le bras » à sa majorité, à ses propres amis. Je n’ai rien contre le principe d’une interdiction de manifester quand il s’agit d’organisations illégales, mais je trouve anormal d’interdire à des syndicats de défiler dans un cadre démocratique. C’est d’ailleurs ce qu’a reconnu le gouvernement qui après avoir interdit la manifestation parisienne, l’a finalement l’autorisée quelques heures après, sous la menace de la CGT. A mes yeux, il y a un système bien plus simple : fermeté contre les casseurs d’abord, puis reconnaitre aux syndicats le droit de manifester, mais leur demander d’en assumer les conséquences juridiques et financières. Si nous revenons au pouvoir, nous ferons voter une loi en ce sens. S’il y a des dégâts après une manifestation de la CGT, c’est à la CGT de payer et pas au contribuable. La France doit retrouver le chemin de l’autorité et de la fermeté.

Quel est la porte de sortie de crise pour le gouvernement ?

La seule porte de sortie sérieuse sera l’alternance.

Que ferez-vous de la loi El Khomri en cas de retour au pouvoir ?

Cette loi a été beaucoup vidée de sa substance. Il reste la primauté des accords d’entreprise sur les accords de branche, que j’approuve dans son principe. De toute façon, si nous revenons aux responsabilités, ce n'est pas d'une loi El Khomri qu'il s'agira mais d'une refondation du Code du Travail au service de l’emploi.

Comment lutter contre le terrorisme en France ?

Toute personne étrangère convaincue d'être liée avec une entreprise terroriste doit être expulsée sur le champ. Tout Français suspecté des mêmes faits ou de consulter des sites djihadistes doit être poursuivi et assigné à résidence ou équipé d'un bracelet électronique. Je demande aussi la mise à l'isolement de tous les détenus pour terrorisme et la mise en place, sans délais, d'un véritable service de renseignement dans les prisons. Et enfin, d'envoyer les détenus sortant de prison pour terrorisme dans de véritables centres de déradicalisation.

Comment financer ces mesures ?

On a trouvé l'argent pour engager 60 000 personnes dans l'Education nationale. Tous les quinze jours, on nous annonce un chèque pour une nouvelle catégorie de citoyens, en général de la fonction publique, sans demander une seule minute de travail en plus. Il y a donc de l'argent pour les autres mais pas pour les policiers, les gendarmes et la sécurité des Français.

Quelle est votre définition du « vivre ensemble » ?

Partager la même langue, la même culture, le même mode de vie. Etre fier d'être français. Et, quelles que soient ses origines, apprendre l'histoire de France, pas celle du pays de naissance de ses parents.

Quelles initiatives doivent prendre la France et l’Allemagne après le référendum britannique ?

Depuis 2012, il n'y a pas eu une seule initiative franco-allemande digne de ce nom. J'appelle à la mise en place d’un Schengen 2 depuis plus de 4 ans. L'Europe ne peut pas être le seul continent qui ne défend pas ses frontières. Quel que soit le résultat du vote au Royaume Uni, il faudra refonder le projet européen. Et le seul moyen sera de mettre sur la table un nouveau traité avec un nouveau Schengen, la création d'un fonds monétaire européen dans la zone euro - nous n'avons pas besoin du FMI dans la zone euro. Ensuite, l'Europe doit se concentrer sur une petite dizaine de politiques prioritaires et laisser toutes les autres compétences aux Etats membres. Il faut que la Commission ne puisse plus empoisonner la vie des citoyens avec des réglementations techniques, tatillonnes et incompréhensibles. Enfin, je veux réaffirmer que la Turquie n'a pas vocation à entrer dans l'Europe.

Des primaires pour un président sortant, est-ce une bonne chose ?

Cela en dit long sur sa perte de légitimité dans sa propre famille.

republicains.fr

Rédigé par La rédaction

Publié dans #Interview

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