Fracture sur la question identitaire entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy

Publié le 14 Juin 2016

Fracture sur la question identitaire entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy

Sans surprise, la question identitaire sera bien un élément sur lequel les candidats à la primaire de la droite ne s’accorderont pas. Quatre jours après un discours du président des Républicains, Nicolas Sarkozy, dans lequel il a été question de la « tyrannie des minorités », du « renoncement des élites » et de la France, un « pays d’églises, de cathédrales, d’abbayes », Alain Juppé a répondu à l’ancien chef de l’Etat sur son blog. « Je refuse d’avoir l’identité malheureuse, frileuse, anxieuse, presque névrotique. Pour moi, identité ne rime pas avec exclusion ni refus de l’autre », écrit le candidat à la primaire dans un long texte où il ne cite jamais son principal riva

« Je veux faire rimer identité avec diversité et unité : respect de notre diversité, affirmation de notre unité », poursuit M. Juppé, qui développe le concept « d’intégration », alors que M. Sarkozy est sur une ligne « assimilatrice » pour lutter, selon lui, contre la disparition du « mode de vie français ».

« Nous, Français, nous sommes divers, nous n’avons pas les mêmes origines, la même couleur de peau, la même religion ni les mêmes croyances. Cette diversité, qui remonte loin dans le temps, est une richesse, une force. Il ne faut pas chercher à l’effacer en prétendant nous couler tous dans le même moule », développe l’ancien premier ministre, qui sait qu’il n’échappera pas à ce débat pendant la campagne de l’automne.

Un Juppé « déconnecté », selon les sarkozystes

Comme en 2007 et comme en 2012, Nicolas Sarkozy veut rassembler le noyau dur de la droite en incarnant l’idée d’une République qui devrait lutter contre une dilution de « l’identité française ».

Depuis son retour à la vie politique en 2014, l’ancien chef de l’Etat est toujours persuadé que la primaire ne se jouera pas sur les questions économiques, mais sur le sentiment d’être français. Et en privé, ses proches ironisent sur Alain Juppé qui serait « déconnecté de la réalité » en expliquant que la ville de Bordeaux serait à l’abri des questions de communautarisme.

Ces critiques s’appuient souvent sur L’Identité heureuse, un texte écrit par le maire de Bordeaux en 2013 qui le voit se projeter dans une France réconciliée où chacun ne serait pas coupé de ses origines.

Des attaques qui n’ont pas échappé à M. Juppé. « Naïveté, me dira-t-on… Ma longue expérience du terrain me protège de ce risque. Je sais bien que la France dont je rêve n’est pas la France d’aujourd’hui, pas toute la France d’aujourd’hui. Je vois la France qui doute, qui souffre, qui est en colère. Il faut apporter des réponses à ses légitimes attentes », riposte le candidat. Contrairement à M. Sarkozy, l’ancien premier ministre ne veut pas proscrire le voile à l’université, ni interdire des repas de substitution dans les cantines, deux idées souvent défendues dans les meetings de l’ancien président de la République.

Sur le terrain de l’identité, la campagne de la primaire est bien lancée.

lemonde.fr

Rédigé par Miau Jeanne

Publié dans #Primaire

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